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Le candidat de l’URD en campagne lors de la présidentielle de 2018

Durant sa carrière politique qui aura duré près de 30 ans, le président de l’URD, chef de file de l’opposition, a occupé plusieurs postes ministériels. Il s’est présenté trois fois à l’élection présidentielle et à chaque fois, a terminé deuxième. Parcours d’un poids lourd du landerneau politique malien

Ses partisans le voyaient déjà comme le prochain locataire du Palais de Koulouba à l’issue de l’élection présidentielle de mars 2022. Mais le destin l’a voulu autrement. Soumaïla Cissé ne participera plus aux joutes électorales dont il était devenu l’un des personnages les plus emblématiques. Arraché à l’affection des siens et l’ensemble du peuple malien à l’âge de 71 ans, vendredi 25 décembre dernier, jour de Noël, «Soumi Champion» aura été une figure politique majeure de notre pays et sur le continent africain. Plusieurs fois candidat malheureux à l’élection présidentielle, député à l’Assemblée nationale, chef de file de l’opposition, ancien ministre, ancien président de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa).

C’est peu dire que son décès a créé une onde de choc au Mali et au-delà de nos frontières. Cet homme élégant laisse derrière lui un parcours brillant qui l’a conduit à de hautes responsabilités, après qu’il ait décroché en France un diplôme d’ingénieur-informaticien et y travaillé dans de grands groupes, tels qu’IBM, Pechiney ou Thomson. C’est en 1984 que Soumaïla Cissé regagna le pays pour servir à la Compagnie malienne pour le développement du textile (CMDT).
Technocrate aux compétences reconnues et militant de l’Alliance pour la démocratie au Mali-Parti africain pour la solidarité et la justice (Adéma-PASJ) dès sa création en 1991, il est très vite appelé à servir au sommet de l’Etat. D’abord comme secrétaire général de la présidence en 1992, après l’élection d’Alpha Oumar Konaré à la magistrature suprême. Ensuite, il fut nommé ministre des Finances en 1993, ministre des Finances et du Commerce en 1994, de nouveau ministre des Finances en 1997, puis « super ministre» en 2000, cumulant les postes de l’Équipement, de l’Aménagement du territoire, de l’Environnement et de l’Urbanisme.

C’est en janvier 2002 que Soumaïla Cissé démissionna du gouvernement pour se lancer, sous la bannière de l’Adema-Pasj, dans sa première course à la présidentielle. Arrivé en deuxième position au premier tour, il est battu (obtenant seulement 35 % des voix) au second tour par Amadou Toumani Touré dit ATT. Il s’éloignera alors de l’arène politique pour diriger la Commission de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) de 2004 à 2011. Entre-temps, précisément en juin 2003, l’ambitieux Cissé quitta l’Adéma-Pasj, avec une partie des militants, pour fonder l’Union pour la République et la démocratie (URD). Alors qu’il croyait son heure arrivée en 2012, le Mali se retrouva de nouveau dans une tourmente engendrée par le putsch du 22 mars 2012 qui précipita le pays dans la crise qu’il connaît encore aujourd’hui. Farouchement opposé à ce coup d’état, « Soumi Champion» fut brutalement interpellé par les hommes du capitaine Amadou Haya Sanogo. Blessé lors de cette arrestation à son domicile de Bamako, il va se faire soigner en France. Aussitôt rétabli, le président de l’URD rejoindra le pays pour l’élection présidentielle de 2013. Il accèdera encore au second tour, et perdra la partie face à Ibrahim Boubacar Keïta. Les résultats finaux le créditèrent de 22,4 %, contre 77,6 % pour son rival. Soumaïla Cissé reconnut élégamment sa défaite avant même la fin du dépouillement des bulletins de vote et effectua le déplacement au domicile de son challenger pour le féliciter.

En 2018, il tenta à nouveau sa chance, invoquant la tourmente dans laquelle se trouve le pays et se posant en recours contre « le chaos et l’abîme ». Il arrivera une nouvelle fois en deuxième position du premier tour, avec 17,8 % des suffrages selon les résultats officiels, le président sortant Ibrahim Boubacar Keïta arrivant en tête avec 41,7 % des voix.
Le président de l’URD était d’autant plus confiant à ses chances que c’était la première fois qu’un président sortant se retrouvait en ballotage. Mais, Ibrahim Boubacar Keïta sortira encore, gagnant de ce duel avec 67,16 % des voix. Cette fois-ci, Soumaïla Cissé peina à avaler la draguée. Avant même la proclamation des résultats du second tour, celui qui avait, en 2013, reconnu sa défaite avant son officialisation, refusa de les accepter et appela les Maliens à «se lever» contre la «dictature de la fraude».

Pendant quelques semaines, les manifestations et sorties médiatiques du candidat malheureux de l’URD rythmèrent la vie politique dans notre pays. De guerre lasse, «Soumi Champion» se résoudra à rester chef de file de l’opposition et son parti se gardera de participer au gouvernement dit d’ouverture de mai 2019.
Cependant, il acceptera de participer aux législatives pour renouveler son bail avec les populations de Niafunké, qui l’avaient élu en 2013. Le 25 mars 2020, durant la campagne, Soumaïla Cissé fut pris en otage par des hommes armés. Durant sa détention, le chef de file de l’opposition est réélu au premier tour des législatives, le 29 mars. Libéré, il avait entamé une tournée qui l’a conduit dans plusieurs pays du continent pour remercier tous ceux qui s’étaient mobilisés pour obtenir sa libération. Mais, il n’avait pas encore formellement exprimé son intention de briguer la magistrature suprême à l’issue des 18 mois de la Transition en cours.


Issa DEMBÉLÉ

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Issa Dembelé

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