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Pourtant, le travail accompli par ce prestigieux scientifique mérite d’être conté à la jeune garde de chercheurs pour qu’ils s’en inspirent. Celui qui s’est éteint en juin 2018, était bien prophète chez lui

Dans les confidences d’un après-midi (le 5 mai dernier) dans son bureau feutré du Centre Charles Mérieux, dont il est le directeur général, le brillant professeur de santé publique, Bourema Kouriba, nous confessait une ambition que nourrissait pour son pays feu Pr Ogobara Doumbo.

Ce prestigieux scientifique qui avait bien compris que les lendemains meilleurs s’apprécient à l’aune des progrès de la recherche aurait révélé à son jeune cadet une vision. «Je veux former une jeune génération de Maliens à la biologie moléculaire, la biologie du futur. Parce que cette discipline va être déterminante dans le monde d’ici 15 à 20 ans et je ne veux pas que mon pays reste à la traîne. Je veux amener l’université malienne dans le concert des grandes institutions scientifiques», aurait-il ainsi décliné sa vision.

Malheureusement, c’est le temps qui lui a le plus manqué puisqu’il est allé sur la pointe des pieds à 62 ans, à la grande surprise de la communauté scientifique, rejoindre ses ancêtres, le samedi 9 juin 2018 après une évacuation sanitaire sur Marseille où il avait aussi ses maîtres. Le chercheur était bien prophète chez lui parce que sa densité scientifique était unanimement admise par tous.

D’ailleurs, un professeur d’enseignement secondaire que nous avons le bonheur de pratiquer depuis des lustres avait mieux résumé la dimension scientifique de celui qu’on appelait affectueusement Ogo lors de son décès. «Ce n’est même pas tous les cinquante ans que nous avons la chance d’avoir un Ogo, c’est-à-dire une brillante intelligence de cette dimension». Le pédagogue expliquait ainsi que des chercheurs de la trempe de celui qui a été une référence nationale voire à l’échelle mondiale dans le domaine de la recherche sur le paludisme ne courent pas les rues.

Son œuvre doit être poursuivie. Et qui mieux que ses disciples et assistants du Malaria research and training center (MRTC), un centre de recherche sur le paludisme pour perpétuer son esprit, sa vision ? Le Pr Ogobara Doumbo a donné à cette institution de recherche ses lettres de noblesse. Il administrait tous les jours une gifle aux pessimistes qui ne croyaient pas aux potentiels de notre pays dans le domaine de la recherche parce qu’il faisait la preuve par les résultats et personne à l’échelle nationale, africaine voire mondiale ne pouvait lui dénier sa compétitivité et sa densité scientifique.

Aujourd’hui, le chercheur semble être jeté aux oubliettes. On parle moins de lui qu’on aurait du le faire. La création d’un prix qui porte son nom pour encourager les jeunes chercheurs avait été annoncée par les autorités compétentes. Était-ce simplement un effet d’annonce ? Qu’est-ce qui entrave cette initiative louable ? Ogo ne mérite-t-il pas cet honneur ? À ces différentes questions, nos compatriotes aimeraient avoir des réponses.

Autorités, communauté scientifique, toutes sont interpellées par un devoir de reconnaissance à ce chercheur hors-pair qui compte à son actif plus de 600 publications scientifiques, des livres coécrits, des essais cliniques sur des candidats vaccins, des évidences scientifiques établies, la formation d’innombrables compétences dans le domaine de la recherche mais aussi l’impulsion et l’orientation des grandes décisions dans la croisade contre le paludisme dans notre pays et ailleurs.


Le troisième anniversaire de la date de décès de ce scientifique qui a su positionner notre pays parmi les grands du monde dans le domaine de la recherche, notamment celle sur le paludisme, arrive à grand pas. Alors parlons de ce défunt scientifique qui a été à la fois une inspiration, une promesse et une certitude.

Bréhima DOUMBIA

autho

Bréhima Doumbia

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