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Dans les établissements scolaires et universitaires que nous avons visités, les mesures barrières sont diversement appliquées. Certains respectent la lettre et l’esprit des directives données par les autorités compétentes, d’autres moins

Certains oiseaux de mauvais augure avaient prédit (heureusement à tort) une hécatombe pour l’Afrique lors de la première vague de contamination à la Covid-19 des pays européens et d’ailleurs. Ce présage avait suscité la peur chez nos compatriotes. Ceux-ci éprouvent toujours une appréhension diffuse de voir la Covid-19 prendre une tournure préoccupante et s’accélérer brutalement si l’on y prend pas garde.

Le ministre de l’éducation nationale, Pr Doulaye Konaté, a même été interpellé ce mois-ci par un membre du Conseil national de Transition (CNT), Adama Fomba qui y siège au compte des syndicats de l’enseignement (il est porte-parole des syndicats de l’éducation signataire du 15 octobre 2016 ou Synergie) sur les décisions prises pour circonscrire le fléau dans nos établissements scolaires et le respect des mesures barrières. Lors de cette question orale, le ministre de l’éducation avait expliqué, sans équivoque aucune, que des leçons modèles sur la pandémie comme lors de la reprise des cours seront régulièrement dispensées dans les classes en vue de créer le réflexe de la prévention chez les scolaires.

Pour mieux jauger la situation, nos reporters ont fait le tour de quelques établissements scolaires et universitaires. à l’Institut des sciences politiques, relations internationales et communication (ISPRIC) où l’année académique a débuté depuis octobre dernier, enseignants, étudiants et autres visiteurs sont contraints au respect du lavage des mains au savon à l’entrée principale de l’établissement. Deux femmes y veillent et prennent aussi les températures de tous ceux qui veulent y accéder. Les récalcitrants sont simplement éconduits sans autre forme de procès. Cette rigueur est trompeuse puisqu’il suffit de jeter un regard dans les classes pour comprendre que la distanciation physique et le port du masque ne sont vraiment pas respectés par les étudiants.

À la Faculté de droit privé (FDPRI), les examens de rattrapage 2018-2019 du semestre 4 ont démarré le 25 janvier dernier pour prendre fin le 5 mars prochain. à ce niveau, chaque étudiant occupe un banc, non pas par respect des mesures de prévention de la Covid-19, mais simplement pour éviter que certains ne puissent lorgner chez le voisin de table. Certes quelques surveillants portaient des bavettes, mais visiblement les étudiants étaient plus préoccupés par leurs évaluations que par la prévention du coronavirus. Ayons le courage de le dire, à la FDPRI, les mesures barrières sont allègrement foulées au pied par les étudiants. Pourtant, le secrétaire principal de la Faculté, Dr Issaka Coulibaly, s’emploie à les sensibiliser sur les risques éventuels en vain. Dans cet établissement universitaire, les examens sont sécurisés par les forces de sécurité pour empêcher l’Association des élèves et étudiants du Mali (Aeem) de boycotter les évaluations qu’elle avait prises en otage en janvier dernier.

Ailleurs, notamment au niveau du lycée privé les « Castors », enseignants, étudiants et autres visiteurs sont systématiquement soumis au contrôle des températures. Cet établissement scolaire respecte la lettre et l’esprit des directives données par les autorités scolaires. La distanciation physique est respectée par les élèves parce que chacun d’eux occupe un banc et porte un masque tout comme leurs enseignants. On constate l’absence de dispositif de lavage des mains au savon. Le directeur des études de l’établissement, Adama Yattara, donne les explications. Il a estimé que chaque élève est muni de son gel hydroalcoolique.
Interrompus depuis fin novembre passé du fait de la pandémie du coronavirus, les cours à l’école normale supérieure de Bamako (ENSUP) ont repris le 25 janvier dernier pour les anciens étudiants, au titre de l’année académique 2019-2020, mais aussi pour les nouveaux au compte de l’année académique 2020-2021. Le directeur général adjoint de cet établissement d’enseignement supérieur, Moussa K. Kanté, explique que sa structure a reçu 5.600 masques à distribuer aux étudiants et 500 autres pour le personnel enseignant, administratif et technique. Il confirme aussi la distribution de ces masques aux intéressés. Ici aussi, des dispositifs de lavage des mains au savon sont mis devant l’entrée principale de l’établissement et sous les escaliers. à l’ENSUP, les étudiants sont assis à trois, voire quatre sur un banc. Pourtant, on nous a bien confirmé leur avoir distribué des masques mais aucun d’eux n’en portait au passage de votre serviteur. Seule, l’administration scolaire utilisait les mesures anti-Covid-19.

À quelques encablures des lieux, notamment au Centre de développement de la petite enfance (CDPE) « Kassé Keïta », la directrice des lieux, Mme Adja Korotoumou Keïta, déclare avoir reçu du Centre d’animation pédagogique (Cap) de Bamako-Coura, un nombre insuffisant de masques pour son effectif. Ce jardin d’enfants encadre 450 enfants, repartis entre 3 sections (petit, moyen et grand). Ces masques ont été plutôt distribués aux monitrices, assure-t-elle. Pour elle, si les tout-petits ne portent pas de masque parce qu’ils ne sont pas aussi vulnérables à cette maladie que les adultes. En plus, ils ne peuvent pas bien entretenir ces équipements de protection. Au niveau du CDPE Kassé Keïta, on utilise une solution nasale, certainement de l’huile goménolée visiblement pour, selon la directrice des lieux, protéger les tout-petits contre la Covid-19. En sus, les monitrices apprennent aux enfants d’âge préscolaire le lavage régulier des mains au savon au sortir des toilettes.

Au moment de notre entretien avec la directrice, des techniciens de santé du Centre de santé de référence (Csref) de la Commune II étaient en train d’administrer des doses de vaccin aux jeunes pensionnaires de ce CDPE dans le cadre du Programme élargi de vaccination (PEV) de routine. Ces antigènes protègent les enfants contre certaines maladies infantiles assez répandues dans notre pays.
Ce tour des écoles et universités nous permet d’attester qu’entre préconiser des mesures de prévention contre la Covid-19 et leur application, il y a un énorme fossé à combler. Les autorités compétentes sont interpellées sur la question et devraient s’atteler à corriger le tir pour éviter que l’école ne soit pas un nouveau foyer d’épidémie de la Covid-19. Vivement une promptitude dans la réaction.

Sidi Y. WAGUÉ

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Sidi Yaya Wagué

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