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«Mary et Martha : Deux mères courage» est le titre d’un long métrage (1h35) sur lequel nous sommes tombés sur Canal+ le dimanche 25 avril 2021. Le choix du jour de diffusion n’a rien de fortuit puisque lié à une journée célébrée à cette date et qui est aussi le sujet de film : la malaria ! Deux braves mères américaine et anglaise ayant perdu leurs fils, emportés par le paludisme au Mozambique, s’engagent corps et âmes à mobiliser des moyens pour aider des communautés locales à donner une chance de survie à leurs enfants. Même si le film date de 2013, il est toujours d’une actualité brûlante. Et il est plein d’enseignements pour nos décideurs dont l’engagement n’est pas toujours à hauteur de souhait.


Inspiré d’une histoire vraie, ce film raconte l’histoire de Mary (Hillary Swank) et Martha (Brenda Blethyn) dont les fils sont morts de malaria. L’Américaine Mary perd son jeune fils lors d’un voyage touristique à travers l’Afrique. Le fils de Martha, l’Anglaise, a contracté la maladie alors qu’il travaillait comme volontaire au Mozambique. Le destin réunit les deux femmes. Ensemble, elles se lancent dans la lutte contre cette maladie qui continue à endeuiller des familles africaines, à briser la vie et les ambitions des enfants avant l’adolescence.



De retour en Amérique, Mary tente d’accepter la mort de son fils à travers une fervente campagne de levée de fonds pour l’achat de moustiquaires alors que Martha passe son temps dans l’orphelinat où Ben travaillait, essayant ainsi de garder vivant le meilleur de son fils.
Déroutée puis révoltée par une société privilégiée qui semble incapable de régler un problème du «Tiers Monde», Mary milite intensément auprès du sénateur local en faveur de la lutte contre le paludisme alors que son mari tente désespérément de la persuader d’arrêter, désirant simplement faire son deuil avec sa femme. Au même moment, incapable de rentrer en Angleterre et de faire face à un mariage en berne, Martha décide de rejoindre Mary.


Ensemble, contre toute attente et dans un ultime effort solidaire, elles feront entendre leurs voix auprès des politiciens forcés à les écouter. Ce film a été symboliquement diffusé par Canal+ le 25 avril dernier, Journée mondiale de lutte contre le paludisme célébrée sur le thème : «Zéro palu, tirer un trait sur le paludisme». Une thématique qui, selon les Nations unies, visait à «attirer l’attention sur la nécessité d’accroître les efforts de lutte contre cette maladie tropicale» ! C’est aussi sans doute l’objectif visé par le réalisateur de «Mary et Martha», l’Australien Phillip Noyce (Vengeance aveugle, Jeux de guerre, Le Chemin de la liberté, Au nom de la liberté…).



Heurter les consciences- C’est une œuvre qui heurte les consciences car il interpelle. L’œuvre interpelle surtout en Occident ceux (politiques, lobbyistes et philanthropes…) qui ont les moyens d’agir pour sauver une grande partie des enfants victimes du palu dans le monde. Et cela pas parce qu’ils sont des Africains ou nés dans des pays pauvres à cause de la mauvaise gouvernance, mais juste des humains qui ne sont aucunement responsables de ce qui leur arrive. Il leur démontre qu’il suffit d’une bonne dose de courage et de détermination pour influencer la politique de leurs pays ou des partenaires afin de sauver annuellement des milliers d’enfants dans le monde.

Avec plus de deux millions de cas enregistrés en 2020, le paludisme demeure encore la première cause de mortalité et de morbidité au Mali. Et selon l’ONU, le monde cumule plus de 200 millions de nouveaux cas de paludisme par an qui font plus de 400.000 morts, particulièrement en Afrique. Ce qui fait que, au sud, ce film nous interpelle tous, décideurs et populations. Le meilleur remède contre le palu est la prévention. Et cela n’est pas forcément une question de moyens, mais de comportements individuels et collectifs ; du manque d’engagement citoyen et politique pour faire face aux vrais défis auxquels le peuple fait quotidiennement face. Combien sont ceux qui en ont réellement les moyens peuvent offrir aujourd’hui des moustiquaires à un CSCOM ou à un quartier sans arrières pensées de manipulation politique ? Assainir son environnement est aussi à la portée de chaque individu et de chaque communauté. Il suffit d’en être conscient et d’agir au lieu de croiser les bras en se disant : «c’est le travail de la mairie ; c’est l’état qui doit faire ça» !



Les décideurs sont aussi interpellés pour non seulement leur incapacité à mettre en œuvre les politiques nationales de santé, mais aussi du mauvais usage qui est généralement fait des fonds et dons provenant du Nord pour soulager les populations dont les vraies préoccupations sont occultées. Quand on voit la débauche d’énergie que font «Mary et Martha» pour approcher un sénateur, pour convaincre une commission sénatoriale à augmenter la part du budget consacrée à la prévention et à la lutte contre la malaria dans le monde, on ne peut qu’avoir honte de voir les moustiquaires offerts en vente dans la rue parce que certains ont fait de ce commerce une aubaine pour s’enrichir.
Non seulement nous sommes incapables de prendre des initiatives pour le bien-être socioéconomique de nos compatriotes, mais nous nous illustrons aussi par le détournement de tout ce qui vient de l’extérieur en leur nom. C’est pourquoi, il n’est pas surprenant que l’émergence des pays comme le nôtre demeure toujours au stade de rêve !



Contrairement à «Mary et Martha» qui se battent pour leur conviction et pour concrétiser ce dont elles rêvent pour ces petits anges du Mozambique, nous nous refusons de nous réveiller en espérant que d’autres réalisent le nôtre à notre place. à la fin du film, ce sont deux braves dames finalement épanouies et heureuses qui se confient que ce combat pour la survie des enfants Mozambicains arrive en tête des moments de pur bonheur dans leur vie !
Le bonheur d’avoir réussi à faire bouger les lignes et surtout les mentalités sur une maladie qui est l’un des principaux problèmes de santé en Afrique ! Comme le dit un précepte de l’islam, «aucune joie n’égale celle de servir autrui» !


Moussa Bolly
Mary and Martha : Long métrage de 90 minutes sortis en 2013


autho

Moussa Bolly

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