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La reprise des opérations conjointes entre les armées malienne et française met un terme à une situation qui entravait sérieusement les actions communes contre les groupes terroristes. Singulièrement dans le cadre du G5 Sahel

Après près d’un mois de suspension, la France a décidé, vendredi dernier, par voix diplomatique, de reprendre sa coopération militaire avec l’Armée malienne. Cette suspension faisait suite aux évènements du 24 mai dernier ayant conduit à la démission du président de la Transition Bah N’Daw et du Premier ministre Moctar Ouane.

Le président français, Emmanuel Macron, a vivement réagi à cette situation qu’il avait qualifiée d’un «coup d’État dans un coup d’État». Quelques jours après la suspension de la collaboration entre Barkhane et FAMa, le président Macron, en personne, a aussi annoncé, lors d’une conférence de presse, la fin de l’opération Barkhane dans le Sahel.

Certainement, la diplomatie aura été fortement mise à contribution de part et d’autre pour que Paris revienne sur sa décision. La visite au Mali de deux émissaires du président Macron la semaine dernière était un bon signe pour arriver à cette reprise de la coopération. Les chefs d’État de la Cedeao auraient également plaidé dans ce sens lors de leur dernière rencontre à Accra au Ghana.

Rappelons que depuis la reconquête des régions du Nord de notre pays en 2013, l’Armée française est aux côtés des Forces armées maliennes (FAMa) dans leur combat contre l’ennemi : les organisations terroristes. Cet engagement s’est d’abord matérialisé sur le terrain avec l’opération Serval lancée en janvier 2013 pour soutenir nos forces de défense et de sécurité à repousser une offensive des groupes terroristes qui avaient pris le contrôle du Nord et voulaient avancer vers le Sud du pays. Serval ayant atteint ses objectifs sera remplacée par l’opération Barkhane à partir du 1er août 2014.

La collaboration entre les troupes françaises et les FAMa a permis d’engranger, au fil des ans, de très bons résultats dans le cadre de la lutte contre les terroristes. Elle s’était d’ailleurs renforcée ces derniers temps avec les opérations conjointes planifiées et menées avec des résultats probants. Plusieurs chefs terroristes d’AQMI et de l’État islamique dans le Grand Sahara ont été éliminés. Et de nombreux repaires des terroristes dans la zone des trois frontières ont été démantelés.

Cependant, avec les évènements survenus dans notre pays fin mai, cette collaboration a pris un sérieux coup. En représailles à cette situation, bien que se trouvant sur le territoire du Mali et liée à notre pays par un accord de défense, la France a décidé unilatéralement de la suspension de sa collaboration avec l’Armée malienne.

QUÊTE DE LÉGITIMITÉ- Sur la question, le directeur du Centre des études sécuritaires et stratégiques au Sahel (CE3S) pense que cette reprise des actions militaires avec le Mali est une aubaine pour la France d’abord avant qu’elle ne le soit pour notre pays. Selon Dr Aly Tounkara, durant l’intervalle de la suspension, il y a eu quelques terroristes neutralisés au nord du Mali. Mais ces actions militaires conduites de façon isolée par l’Armée française n’ont aucune légitimité juridique.

«C’est une quête de légitimité pour la France et une façon pour elle de ne pas paraître aux yeux des observateurs comme une armée d’occupation», a analysé Dr Tounkara, ajoutant que cette reprise est une opportunité à saisir pour le Mali. Pour le spécialiste, l’État-major malien a aujourd’hui besoin de ce soutien militaire qu’apporte la France à travers l’Eucap-Sahel et l’EUTM dans le cadre de la formation des militaires.

Aussi, le directeur du CE3S estime que cette reprise engage la responsabilité de l’élite politique et militaire malienne qui doit penser à dégager une vision dans la durée pour compenser la présence militaire française au Mali. «On ne peut pas continuer à collaborer avec un pays qui a du mépris à notre égard. On ne peut pas continuer à coopérer avec un pays qui peine à s’inscrire dans un rapport d’égal à égal», soutient Dr Aly Tounkara.
Après l’annonce de la suspension des opérations conjointes avec l’Armée malienne, l’ambassadeur de France dans notre pays, Joël Meyer, a travaillé à renouer les fils du dialogue.

À cet effet, il a été reçu plusieurs fois par le secrétaire général du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale Boubacar Gouro Diall.
Au cours de leurs rencontres, les deux parties ont souligné l’importance du partenariat entre le Mali et la France dans la lutte contre le terrorisme et la stabilisation dans le Sahel. Et Joël Meyer avait expliqué que la décision de suspension sera réévaluée au regard de l’évolution de la situation dans notre pays.

Toujours dans le cadre du dialogue entre les deux parties, le colonel Assimi Goïta a reçu le lundi dernier, les envoyés spéciaux du président Emmanuel Macron Frank Paris et l’Amiral Jean Philipe Roland. Une rencontre après laquelle, le « Monsieur Afrique » du président français a annoncé la reprise de sa coopération militaire avec notre pays.

«À l’issue de consultations avec les autorités maliennes de transition et les pays de la région, la France prend acte des engagements des autorités maliennes de transition endossés par la Cedeao» et a «décidé la reprise des opérations militaires conjointes ainsi que des missions nationales de conseil, qui étaient suspendues depuis le 3 juin», a indiqué Frank Paris dans un communiqué. La reprise des opérations militaires conjointes entre les armées malienne et française est une mauvaise nouvelle pour les groupes terroristes.

Dieudonné DIAMA

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Dieudonné Diama

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