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Les Maliens ont accueilli diversement les décisions prises par le gouvernement pour casser la chaîne de contamination du coronavirus. Nombreux sont ceux qui les ont favorablement accueillies. Ceux-ci pensent qu’aucun sacrifice n’est de trop pour rester en vie et protéger les autres. Mais, il y a des réfractaires au respect de toute action contrariant leurs habitudes

Le gouvernement, lors d’un conseil des ministres extraordinaire, a décidé de prendre le taureau par les cornes, en annonçant une batterie de mesures. Parmi lesquelles, l’état d’urgence à compter du 19 décembre 2020 à zéro heure, la suspension des audiences publiques dans les juridictions jusqu’au 16 janvier 2021, l’adoption d’un régime de sanctions applicables en cas d’inobservation du port de masque dans les lieux publics et dans les transports en commun et l’interdiction des festivals et spectacles culturels.

À celles-ci s’ajoutent également la fermeture des rues marchandes, des lieux de loisirs comme les bars, les restaurants et les discothèques à compter du 19 décembre 2020 à minuit, l’interdiction d’ouverture des établissements de tous les ordres d’enseignement jusqu’au 4 janvier 2021, la limitation des rassemblements à 50 personnes au plus ... La liste des restrictions est longue.

Hélas, les réfractaires aux bonnes manières sont aussi là omniprésents. «Si et seulement si le coronavirus existe, nous l’avons tous chopé sans nous en rendre compte. D’ailleurs, mon rhume passager de la dernière fois pourrait bien être la Covid-19. Mais, en Afrique, ça passe vite». Cette prise de parole de Moïse dans un grin à Magnambougou est partagée par beaucoup de personnes qui pensent que la pandémie est une affaire de «Blancs» et que ceux-ci auraient un système immunitaire moins robuste que chez les Noirs.


DOUBLE VITESSE.
En biologie et en médecine, l’immunité est la capacité d’un organisme à se défendre contre des substances étrangères et des agents infectieux. C’est l’une des principales lignes de défenses biologiques. «Euuuuhhhh, nous, on a tellement avalé des antibiotiques qu’une grippe ne peut pas nous tuer», lance innocemment Bakary qui reste scotché à son téléphone. Il regarde une vidéo d’un activiste sur Facebook qui règle ses comptes avec un leader de la CMAS de l’imam Dicko.
D’ailleurs, les mesures prises par le gouvernement ne sont pas justes. Pourquoi donc ? Lassine, le chef incontesté suspend le verre à moitié rempli de thé qu’il sirotait avec élégance. Sa réponse interpelle : «Comment imposer une règle à une partie de la population en un moment donné et ne pas pouvoir interdire le regroupement dans les lieux de culte ? Pour une fois, je suis d’avis avec toi», relance l’aîné du grin.

Dans son Jean Levi’s et son t-shirt rouge et une casquette de même couleur, une star montante du rap malien crache sa vérité. Master Soumi suggère un minimum de pragmatisme. «Il faut aller à l’essentiel et distribuer gratuitement et en masse le masque. Au Sénégal où j’ai séjourné récemment, tous sont masqués», fait remarquer l’artiste. Selon lui, l’État s’est attaqué aux maillons faibles pour fermer les bars et interdire les manifestations. Et les mosquées ? Rien les concernant.
Master Soumi propose une distribution de masques en plus d’une subvention totale. Le masque coûte cher au Mali (500 Fcfa). Au Sénégal, il se vend à 100 Fcfa. Lassana Diarra pense pour sa part, qu’il y a trop de «pipeau» dans cette affaire. Les mesures d’accompagnement ne sont pas réelles dit-il, même s’il peine à étayer son jugement.

MOSQUÉE SE MOQUE DE MASQUE. Dimanche, jour de mariage à Bamako, rien n’a changé. Le constat est amer. Les cortèges sont toujours d’actualité et les photos de mariage dans les espaces publics paraissent plus belles qu’avant. Il est 16 heures, l’appel du muezzin retentit dans les oreilles de Madou, le plus pieux du groupe. Il s’empresse de faire ses ablutions et file à la mosquée. à son retour, il confirme que la mosquée était pleine à craquer. Le masque, lui, était le grand absent en ce lieu de culte.
La nuit tombant, Bamako s’illumine. La circulation moins dense. Mais la vie reprend pour d’autres. Ceux qui ne vivent que de nuit. Normalement, les bars doivent fermer. Ainsi veulent les autorités. Dans la pratique, les choses se font autrement. Autrement, parce que les tenanciers de ces lieux de loisirs ont trouvé la parade. Un connaisseur explique comment : «Bon, la porte est fermée ok. Mais les initiés savent que le lieu est opérationnel. Le gardien connaît les clients qu’il laisse entrer. Les inconnus ne sont pas admis. Idem pour les chambres de passe». Dans la ville, la police multiplie les sorties. Patrouilles et contrôles sur les grands axes, sans avoir un réel impact sur la chaîne de contamination du virus. Le port du masque n’est pas exigé par les policiers. Mais les regroupements de plus de 50 personnes ne sont pas tolérés. Les alentours des grandes boîtes de nuit sont scrutés et les contrôles accentués auprès des papillons de nuit et leurs clients.

RESTAURANTS OUVERTS. Au même moment, sur les réseaux sociaux, un jeune blogueur constate que les mesures édictées sont ignorées par les populations à Hamdallaye ACI. «Je viens de faire un tour dans la zone ACI 2000 pour voir si les mesures annoncées par les autorités de la Transition sont respectées. Le résultat est triste : zéro mesure... et plus de 95% des restaurants sont ouverts», écrit-il sur sa page Facebook.
Pour preuve, il s’est taillé un énorme poulet grillé bien assaisonné, dont il affiche la photo. Pour finir, il légende son image avec un brin d’humour : «Je me suis arrêté quelque part pour «toulouter» (manger) et cela m’a permis de bien observer». «Respectons les mesures édictées par les autorités, car le virus est là. Portons le masque #StopCovid19», conclut-il sagement.
Sur la route de Koulikoro, la célèbre boîte de nuit Ibiza est fermée alors qu’il n’est que 22 heures. Mais le restaurant d’à côté, Rayan est opérationnel au grand bonheur des clients. A l’intérieur, les tourtereaux roucoulent, sans masque. C’est dire que les mesures prises contre la Covid-19 ne semblent pas être comprises par tous. Que dire des marchés toujours ambiants ? Une véritable campagne de sensibilisation, de distribution de masques et de répression des contrevenants pourrait avoir un meilleur résultat.



A. CISSÉ


autho

Ahmadou Cissé

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