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Samedi 22 mai dernier, les banques de Bamako ont été prises d’assaut tôt le matin par des centaines de clients venus faire le rang avant l’heure d’ouverture même des agences. En prélude à la grève de cinq jours que l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM) menaçait d’observer après celle allant du 17 au 21 mai, chacun voulait visiblement prendre la dotation nécessaire pour gérer les dépenses quotidiennes durant cette période d’inactivité.

Conscientes du besoin, les différentes banques de la place avaient, la veille, informé leurs clientèles que leurs portes resteront exceptionnellement ouvertes jusqu’à 16h. Habituellement, elles ouvrent à 9h30 mn et ferment à 11h30 les samedis.

Il est 6h du matin en Commune I du District de Bamako. Notre équipe de reportage entame une randonnée pour constater l’affluence au niveau de certaines banques. à Sotuba se trouve une agence de la Banque of Africa (BOA). Environ une dizaine de clients attend devant la porte de cet établissement financier. Certains sont assis sur leurs motos, d’autres debout sur la terrasse.

Un peu plus loin est située la Banque de développement du Mali (BDM). Assis sur leurs engins à deux roues, six attendaient l’ouverture de cette agence. à quelques encablures trône une agence de la Banque d’investissement du Mali (BIM). L’affluence était très terne à notre arrivée. Deux hommes étaient assis sur des sièges tâchés de poussière. Le vigile qui ne portait pas encore son uniforme, complétait leur nombre à trois. Quelques minutes après notre arrivée, une jeune dame vient garer son véhicule. Elle descend de sa voiture l’air soulagée de n’avoir trouvé que deux personnes sur place. Elle semblait pourtant prête à y passer sa journée. Elle avait pour ce faire apporté petit déjeuner, eau et médicaments.

L’attente durera quelques dizaines de minutes. Vers 7 h, la caissière arrive sur les lieux. Quelques temps après vient la chef d’agence. La banque s’ouvre alors au grand bonheur des abonnés, dont le nombre avait augmenté entre-temps. L’agent de garde, venu un peu plus tôt, et le vigile commencent à distribuer des bouts de cartons portant des numéros imprimés aux clients, par ordre d’arrivée. Ceux-ci forment une file indienne.

La cheffe d’agence demande au garde de prioriser les gens venus faire des versements. Nécessaire pour pouvoir payer ceux qui sont venus pour faire des retraits d’argent. «Versement vous dites ? Moi, je suis venue pour vider mon compte. Avec cette grève on ne sait jamais», réagit le premier venu. Le second enchaîne : «Quelle ironie versement, il faut aller chercher de l’argent. Nous voulons tout vider». La chef d’agence calme les ardeurs en rassurant que tout le monde sera servi mais il faut d’abord de l’argent à la caisse. «Nous sommes là jusqu’à 16 heures», ajoute-t-elle.

à 8h déjà l’entrée était noire de monde. Et les clients continuaient à affluer. Ils commençaient à s’impatienter. La caissière expliquera qu’elle faisait le décompte alors qu’elle est seule. Pour atténuer un peu la tension, la chef d’agence sortira toutes les chaises se trouvant à l’intérieur pour les mettre à la disposition du public.

Les 30 tickets disponibles ont été distribués et redistribués en un temps record. Les personnes âgées, prioritaires, devenaient un obstacle au respect normal du rang. L’un d’eux que le personnel de la banque appelle «Tonton» informe être venu retirer tout l’argent se trouvant dans son compte. La caissière l’informe que cela est impossible. Les trois premières personnes présentes à la banque depuis 6h, sont servies aux environs de 10 heures.

Fatoumata Traoré qui venait y faire des opérations, continue son chemin en voyant la foule. Sa belle sœur l’avait informé qu’il n’y avait pas d’affluence à l’agence de Niaréla. Mme Djénéba Sidibé, elle, confie qu’elle est arrivée à l’agence BMS de Banankabougou depuis 9h. Elle était la 238èpersonne sur 300. à 15h, elle n’avait pas été encore servie.

Sur la route de Koulikoro, toutes les banques semblaient débordées. Les motos étaient stationnées sur la route même, empêchant ainsi les usagers de se frayer un chemin. Une vieille retraitée vient prendre sa pension. Munie de carte de personne âgée, elle effectue son opération sans faire le rang. Sa fille, elle, a suivi le rang comme tout le monde. Elle a avoué qu’elle ne pensait trouver autant de gens.

Employé d’une banque, Abba Traoré qui était en congé, a été rappelé pour appuyer ses collègues visiblement débordés. «Nous avons même dépassé l’heure à laquelle nous devrions fermer les portes», ajoute-t-il.

Les petites boutiques qui font des opérations financières n’ont pas été en reste. Elles étaient toutes noires de monde.

Fatoumata NAPHO

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Fatoumata Napho

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