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«Malgré les efforts consentis par la Banque centrale pour alléger la souffrance des Petites et moyennes entreprises (PME), le secteur privé malien dans sa grande majorité ne bénéficie pas d’avantages liés au dispositif ». Ainsi s’exprimait vendredi le secrétaire général adjoint de la Chambre de commerce et d’industrie du Mali (CCIM). Mahamadou Sanogo intervenait lors de la Journée de partage d’informations sur le dispositif de financement des PME par les institutions bancaires, organisée par l’organe consulaire. Une PME est une entreprise formelle dont le chiffre d’affaires hors taxes annuelles n’excède pas un milliard de Fcfa.

Présidée par Houd Baby, représentant le président de la CCIM, la rencontre a enregistré la présence des présidents des chambres consulaires du Mali, des représentants de la BCEAO, Ousmane Sy, du Fonds de garantie du secteur privé, Hamidou Dicko, des présidents des groupements professionnels du secteur privé et des membres de l’Association professionnelle des banques et établissements financiers (APBEF).

Ce dispositif est axé sur quatre piliers : promotion des PME, amélioration de leur encadrement, refinancement des créances bancaires sur les PME et diversification des instruments financiers adaptés pour le financement. Objectif : apporter une réponse aux difficultés d’accès des PME au financement bancaire. Dans l’optique de créer une masse critique de PME aptes à porter une contribution significative à la création de richesse et d’emplois au Mali.

Selon un rapport présenté par Mahamadou Sanogo, la BCEAO a souligné trois obstacles qui entravent le développement des PME. Il s’agit de l’accès limité aux facteurs de production (énergies), de la concurrence du secteur informel et de l’accès limité au financement. Il ressort que le dispositif, lancé le 2 août 2018, n’a effectué aucun financement au cours de cette année. Toutefois, de 2019 jusqu’à septembre 2020, les banques maliennes ont financé trois clients sur 12 abonnés financés dans la zone Uemoa.

De l’analyse des éléments soumis à observation, il a été constaté que les difficultés liées à l’application du dispositif se situent à différents niveaux. Les structures d’appui et d’encadrement ont déploré l’absence d’interlocuteur au niveau des banques, le manque de coordination entre les acteurs impliqués dans la mise en œuvre du dispositif. Elles ont également dénoncé le non assouplissement des conditions des banques applicables aux PME, notamment les taux d’intérêt et garantie exigé. S’y ajoutent, selon elles, le manque de notification par les banques des motifs de rejet des demandes de crédit en faveur des entreprises jugées éligibles au dispositif PME et le délais relativement long de traitements des dossiers.

Les banques, elles, évoquent la méconnaissance des dispositions réglementaires encadrant le dispositif, l’absence de collatéraux, la demande de crédit non compatible avec les politiques et les stratégies en matière de financement. L’APBEF a mis en exergue la faiblesse de communication de la part de la BCEAO autour du dispositif, le manque de maîtrise du dispositif par les structures d’appui et d’encadrement (SAE). Elle a également argué la qualité des dossiers et des clients, le montant de financement sollicité trop élevé, etc.
Les échanges ont permis de comprendre que la BCEAO n’a aucune emprise sur les taux d’intérêt qui dépendent de la banque. Pourvu qu’elle reste dans la limite du plafond qui est de 15% dans l’Union.

Ce niveau de plafonnement est jugé contre-productif pour les entreprises. «Il faut aller en dessous de 15%. Aujourd’hui, il est difficile d’investir au Mali. Le taux d’intérêt est de l’usure, il faut payer les banques et le Fonds de garantie, une trop grande charge. Aussi, l’État doit payer les entreprises dans le délai imparti », a plaidé le président de l’Organisation patronale des entrepreneurs de la construction du Mali, Boubacar H. Diallo.

Le représentant du président de la CCIM a invité les instituions financières à fournir plus d’efforts. « Les banques doivent s’impliquer davantage. Nous avons aujourd’hui la chance d’avoir un Fonds de garantie qui assure partiellement les besoins de financement, ce qui devrait accélérer les dossiers », a estimé Houd Baby, ajoutant qu’avec l’accompagnement des Fonds de garantie, les banques de la place devraient diligenter le financement du secteur privé.

Au terme de la rencontre, les participants ont formulé des recommandations. Ils ont demandé de consolider le dispositif par une meilleure collaboration des parties. Ils ont trouvé pertinent de promouvoir l’éducation financière par la multiplication des rencontres d’information et de sensibilisation sur le dispositif en les délocalisant. Les séminaristes ont préconisé de raccourcir le délai de traitement des dossiers, de mettre en place un cadre de suivi-évaluation du dispositif regroupant les représentants de l’ensemble des parties. Ils ont également demandé de renforcer le guichet des PME dans les structures bancaires, tout en améliorant les conditions de réception et d’analyse des dossiers.

Oumar SANKARÉ

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Oumar Sankaré

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