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À la suite d’une stratégie bien réfléchie, l’inconnu a grugé un motocycliste pour lui déposséder de son engin. Puis par hasard, le voleur et sa victime se sont rencontrés dans la rue. Imaginez la suite

C’était un vendredi. à son réveil le matin, Y, 16 ans, pouvait s’imaginer tout, sauf qu’il va vivre l’une des plus sombres journées de sa vie. Comme il en a l’habitude, il regagne son lieu de travail. Un garage-auto où il est employé comme apprenti-mécanicien à Sirakoro- Méguétana à la périphérie de Bamako. à la mi-journée, tout bascule pour lui. Un homme d’apparence « irréprochable » se présente dans la cour du garage. D’un air sérieux, il demande à voir le chef du garage. Un des jeunes apprentis lui indique le chef, assis, loin des autres travailleurs.
Comme s’ils se connaissaient depuis des décennies, d’un air gai, cet homme, la trentaine, s’adresse au chef du garage en langue sonrhaï. Les témoins présents ont compris qu’il a un problème avec sa voiture. Une voiture qu’il a dû laisser non loin devant une boutique. Ses intentions étaient claires. Il veut que l’employeur des jeunes mécaniciens le fasse accompagner par un de ses apprentis pour aller voir son véhicule, tombé en panne, et garé dans la rue, et éventuellement le dépanner sur place. Apparemment son interlocuteur semble avoir bien compris ce qu’il voulait. Il a donc choisi le petit Y pour accompagner cet inconnu et dépanner son véhicule. Ainsi dit, ainsi fait.

C’est ainsi que Y enfourcha sa moto pour accompagner l’homme et se rendre à l’endroit précis où le véhicule se trouvait garer. Quelques minutes plus tard, le petit mécano et ce parfait inconnu arrivent. Au premier, le second montre une voiture de marque RAV-4 bien garée. Jusque là, tout est clair. Au garçon, l’homme explique la source du problème dont souffre la voiture. Il est allé jusqu’à émettre l’idée d’aller acheter les pièces de rechange afin que le travail soit plus facile sur place. Le jeune mécano est là quasiment en spectateur. Il acquiesce tout et semble être pris de cours par les évènements. Visiblement, il est même dépassé par les évènements. En réalité, cet homme est un voleur professionnel. Très inspiré, celui-ci a savamment mis un plan de vol en place, sans que sa future victime ne soupçonne rien d’anormal dans son comportement. Il ne lui restait plus qu’à mettre la main sur son butin et disparaître avec.

Pour ce faire, il propose au garçon de lui remettre la clé de sa moto, au motif qu’il va lui-même aller acheter les pièces défectueuses de sa voiture. Le jeune mécano n’y vu rien d’anormal. Il lui tend la clé de contact de sa moto. C’est tout ce que l’inconnu attendait. Une fois la clef de la moto en main, il enchaîne en noyant le garçon dans la profondeur des eaux troubles. Toujours en langue sonrhaï, il le confie au boutiquier d’à côté. Un boutiquier qu’il ne connaissait ni d’Adam ni d’Eve, si ce n’est que par le dialecte. Puis, il disparaît avec l’engin du garçon. Celui-ci s’est assis devant la boutique dans l’attente du retour du propriétaire de la voiture. Le temps passe… Une heure, deux heures... Toujours rien. L’homme ne donne aucun signe de vie. Intrigué et visiblement las d’attendre, le garçon demande au boutiquier pour s’enquérir des nouvelles de cet inconnu qui a surgi dans leur garage, ex-nihilo.

La réponse du tenancier de l’échoppe est, on ne peut plus clair. Il ne le connaît pas. Il lui a tout simplement demandé en langue sonrhaï de donner une place au jeune mécano, le temps qu’il revienne du marché avec les pièces de rechange. Et la voiture est-elle sensée être en panne ? demande encore le petit. Le boutiquier répond d’un ton sec qu’il ignorait à qui cette voiture appartiendrait. Du moins à tout le monde peut être, sauf à celui qui est allé avec la moto.
En fait, l’inconnu venait de gruger le petit mécano en plein jour. Au vu et au su de tout le monde sans que personne ne s’aperçoive de rien. Complètement abattu, le garçon est retourné au garage pour raconter sa mésaventure à son patron et aux autres collègues. Après l’avoir écouté, son chef a piqué une vive colère. Il culpabilise et suspecte son jeune employé d’avoir vendu son propre engin pour ensuite lui raconter une histoire cousue de toute pièce.

à son retour à la maison, l’histoire a pris une autre tournure lorsque la victime l’a racontée à son grand frère. Ce dernier a décidé de déposer une plainte contre le patron de son jeune frère. Un patron qu’il accuse d’être de connivence avec le voleur. Donc, complice d’escroquerie et de vol. Au chef du garage, il donne 72 heures pour retrouver la moto disparue de son cadet. Le cas contraire, il n’hésiterait pas à mettre sa menace à exécution en le convoquant chez qui de droit. Entre-temps, le garçon a jugé nécessaire d’éviter que l’atmosphère ne se pourrisse sur son lieu de travail du fait du vol de sa moto. Sur place, les commentaires allaient bon train. Chacun donnant son avis sur cet intrus qui est venu faire tout basculer dans le garage en plein jour. Mais « Y » ne voulait pas laisser son engin partir de la sorte. Il sollicita les services d’un marabout du coin. Ce dernier le rassure qu’il sera en possession de son bien dans un bref délai. « Le marabout m’a rassuré que c’est le voleur lui même qui me ramènera mon engin… ». Comme si les vœux de ce marabout étaient exaucés, les choses ont évolué dans le sens positif, et à un moment où Y ne s’y attendait pas du tout.

Il quitte le domicile du médium pour rentrer chez lui. Comme par miracle, dans la rue, il voit son voleur se diriger vers lui sur sa propre moto volée. Il ne pouvait pas ne pas reconnaître son voleur. Curieusement, et contre toute attente, celui-ci s’approche de lui, sans savoir que c’est sa victime d’il y a quelques jours. Il lui demande un service. « Salut petit. S’il te plait peut tu me montrer où se trouve Wara ka sira fara » ? (Entendez la bifurcation d’une rue). Avant de répondre à cette question, le jeune mécano lui demande de lui montrer plutôt où se trouve sa moto. L’homme s’attendait à tout sauf à une telle réponse. Surpris, il répond par une autre question. « De quelle moto parles-tu » ? « Celle que tu as prise avec moi l’autre jour, en me faisant asseoir devant une boutique ». « Ha Oui, c’est vrai, la moto est chez mon ami. Monte vite, on va la chercher ensemble ». « Non, pas question. Tu me la donnes tout de suite, ou je crie au voleur », répond sèchement le
garçon.

En dépit de cette mise en garde, l’escroc tente de redémarrer pour partir. Sa victime le retient de toutes ses forces. Déséquilibré, le malfrat chute de tout son poids. Il se relève brusquement et tente une deuxième fois de repartir avec l’engin. Celui-ci est le bon. Le garçon se voit obligé cette fois-ci de mettre toutes ses cordes vocales à contribution pour alerter les secours. « Au voleur ! au voleur ! ».
Visiblement, l’homme ne maîtrise pas le quartier. Sur la moto à vive allure, il se dirige vers une voie qui aboutit sur un monticule. à bout de souffle, il est contraint de se débarrasser de l’engin pour tenter de gérer le reste avec ses jambes. Il est poursuivi par une foule en délire. Piégé et très fatigué, il est finalement rattrapé par la foule. Les plus durs veulent qu’il soit lapidé à mort ou brûlé vif sur place. Mais il était écrit quelque part qu’il doit vivre encore.

La providence se manifeste pour lui sous la forme d’un porteur d‘uniforme, habitant non loin des lieux. Celui-ci se porte à son secours. Il parvient à convaincre les justiciers du voleur de ne pas le lyncher. Puis, le militaire le conduit à la gendarmerie de Sirakoro. Là, les pandores ont reçu un homme saignant de presque partout son corps, suite aux coups reçus. Interrogé, le bandit confirme les faits, mais dit avoir déjà écoulé l’engin du jeune mécano à 70.000 francs CFA.
Dans la foulée le garçon se rend à la gendarmerie pour récupérer son bien roulant. Mais il a dû vite déchanter sur place. Les pandores lui ont fait comprendre que bien qu’il soit victime, il doit prendre en charge les frais de soins du voleur avant de faire quoi, que ce soit. Pour ce faire, il est contraint de se plier à cette décision en déboursant une somme de 35.000 francs CFA. Plusieurs heures d’audition ont permis aux gendarmes de comprendre qu’ils ont affaire à un véritable voleur professionnel, qui a sa place entre les quatre murs d’un cachot. Quelques heures plus tard, il en fut ainsi. Les enquêteurs ont, par la suite, recherché et retrouvé un de ses complices recéleurs. Puis les deux se sont retrouvés à la Maison centrale d’arrêt de Bamako.

Maïmouna SOW


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Maïmouna Sow

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