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Dans son rapport, la mission onusienne révèle qu’au moins 22 personnes, dont trois des membres présumés de la Katiba Serma présents sur le lieu du rassemblement, ont été tuées dans l’opération militaire

Le 3 janvier 2021, les Forces armées maliennes (FAMa) et ses alliés Barkhane-FC G5 Sahel ont mené une frappe aérienne contre les Groupes armés terroristes (GAT) à Bounty dans le Cercle de Douentza (Région de Mopti). Appelé opération «Éclipse», cet assaut a permis de neutraliser une «trentaine de GAT», selon un communiqué du ministère de la Défense et des Anciens combattants. Cependant, Tabital Pulaaku, une association communautaire peulh, a soutenu que cette frappe aérienne a plutôt visé des «civils qui célébraient un mariage».

En vue de faire la lumière sur les informations et les allégations reçues, la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma), à travers sa Division des droits de l’Homme et de la protection (DDHP), a déployé une mission spéciale d’établissement des faits du 4 janvier au 20 février 2021, avec l’appui de la Force et le soutien de la police scientifique des Nations unies et de l’information publique.
Le rapport des enquêteurs de la Minusma, rendu public hier, précise que l’équipe de la mission composée de quinze chargés des droits de l’Homme, avec le soutien de deux experts de la police scientifique des Nations unies et de deux chargés de l’information publique a effectué ses travaux à Bamako, Mopti, Sévaré, Douentza et Bounty.
L’équipe a organisé des entretiens présentiels individuels avec au moins 115 personnes et avec au moins 200 personnes lors des réunions groupées, et réalisé plus d’une centaine d’entretiens téléphoniques. Elle a également analysé au moins 150 publications, notamment des communiqués et déclarations officiels, des articles de presse, des déclarations et positions d’autres acteurs et des sources ouvertes ainsi que des photographies et vidéos concernant la frappe de Bounty.

Le 25 janvier 2021, avec l’appui et la couverture aérienne de la force de la Minusma, l’équipe s’est rendue à Bounty et visité le lieu de la frappe aérienne, l’endroit présumé d’enfouissement des dépouilles des personnes tuées par la frappe ainsi que le village. Au terme de son enquête, la Minusma indique qu’elle est en mesure de confirmer la tenue d’une célébration de mariage qui a rassemblé sur le lieu de la frappe, une centaine de civils parmi lesquels se trouvaient cinq personnes armées, membres présumés de la Katiba Serma.

«Au moins 22 personnes, dont trois des membres présumés de la Katiba Serma présents sur le lieu du rassemblement, ont été tuées par la frappe de la Force Barkhane survenue le 3 janvier 2021 à Bounty. Sur les 22 personnes tuées, 19 l’ont été directement par la frappe, dont 16 civils tandis que les trois autres civils ont succombé des suites de leurs blessures au cours de leur transfèrement pour des soins d’urgence. Au moins huit autres civils ont été blessés lors de la frappe. Les victimes sont tous des hommes âgés de 23 à 71 ans, dont la majorité habitait le village de Bounty», détaillent les enquêteurs.

D’après le rapport de l’ONU, le groupe touché par la frappe était très majoritairement composé de civils qui sont des personnes protégées contre les attaques au regard du droit international humanitaire. Cette frappe, selon le rapport d’enquête, soulève des préoccupations importantes quant au respect des principes de la conduite des hostilités, notamment le principe de précaution, dont l’obligation de faire tout ce qui est pratiquement possible pour vérifier que les cibles sont bien des objectifs militaires.

La Minusma recommande aux autorités maliennes et françaises de diligenter une enquête indépendante, crédible et transparente afin d’examiner les circonstances de la frappe et son impact sur la population civile de Bounty ; d’examiner de manière approfondie les processus de mise en œuvre des précautions lors de la préparation d’une frappe ainsi que des critères utilisés pour déterminer la nature militaire de l’objectif aux fins de l’application du principe de distinction y compris l’appartenance à un groupe armé à la lumière de cet incident et à y apporter des modifications si nécessaires.
La Minusma recommande aussi d’établir les différentes responsabilités et d’octroyer le cas échéant une réparation appropriée aux victimes et aux membres de leurs familles.

RÉACTION DE LA FRANCE-Les autorités françaises n’ont pas tardé à réagir au rapport d’enquête de la Minusma. Dans un communiqué, le ministère des Armées soutient que cette frappe dans la localité de Bounty «a été conduite dans le cadre de l’opération Éclipse, en respectant un plan d’opération global, partagé et approuvé entre Barkhane, les forces armées maliennes, la force conjointe du G5 Sahel et la Minusma». Cette frappe, persiste le ministère des Armées, a suivi un processus de ciblage robuste, qui répond aux normes de l’OTAN et qui respecte strictement les règles du droit des conflits armés. L’évaluation des résultats de la frappe, ajoute-t-il, a également suivi un cadre rigoureux, appliqué pour l’ensemble des opérations menées par la France.
Dans ces conditions, le ministère des Armées estime que les «allégations portées sur l’action de la force et sur son intégrité sont non fondées. Du coup, il maintient fermement sa version des faits selon lesquels «le 3 janvier 2021, les forces armées françaises ont effectué une frappe aérienne ciblant un groupe armé terroriste identifié comme tel».


Madiba KEITA

autho

Anne-Marie Keïta

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