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Cette ville carrefour grouille de monde qui défie les mesures barrières

Les autorités locales et les Organisations non gouvernementales s’activent dans la sensibilision et la distribution des kits de protection afin que les habitants puissent respecter les mesures barrières. Les agents de santé demandent, eux, des moyens matériels pour faire face à leur mission

Depuis l’apparition des premiers cas de coronavirus dans le Cercle de Diéma, de nombreuses personnes commencent à prendre conscience de l’existence de la pandémie. Aussi, les mesures de prévention et de lutte ont été renforcées à tous les niveaux par les autorités locales : services publics, compagnies de transport, marchés, lieux de culte… Partout, des dispositifs de lavage des mains sont visibles, même si certains ne fonctionnent pas correctement. Et les masques sont distribués en grande quantité par l’État et certaines Organisations non gouvernementales (ONG) de la place qui font également un travail remarquable sur le plan de la sensibilisation.
En dépit de ces efforts, force est de reconnaître que les mesures barrières ne sont toujours pas totalement respectées dans cette ville carrefour qui grouille de monde. Seuls quelques fonctionnaires semblent s’accommoder bien du port du masque. Au sein de la population, on constate une indifférence totale. On se serre encore les mains, mine de rien, lors des cérémonies de mariage, de baptême, de décès ou autre évènementiel. Ici, refuser de donner sa main à celui qui vous tend la sienne, suffit pour être perçu comme un orgueilleux ou un méchant. Et dans ces lieux de rassemblement, au moment du repas, les convives se lavent les mains dans la même eau, à tour de rôle, par ordre de supériorité, comme le veut la coutume, sans la moindre précaution d’hygiène.

L’apparition de la Covid-19 dans cette localité qui en était jusque-là épargnée, a fait que beaucoup de personnes refusent de fréquenter les centres de santé pour se faire soigner en cas de maladie, car on pense qu’en s’y rendant, on dira que vous êtes atteint de coronavirus, et vous risquez d’être embarqué ipso-facto jusqu’à Bamako, pour le confinement. Ainsi, depuis un certain temps, on constate que la plupart des malades font recours à la médecine traditionnelle, ou consomment des «Yala yala foura» proposés par les «pharmacies par terre».
Cet homme qui préfère garder l’anonymat, fait désormais partie de ceux qui croient désormais en cette maladie. Le coronavirus a en effet emporté son cousin. «Lorsque j’ai été informé du décès de mon cousin, suite au coronavirus, c’est en ce moment que j’ai cru à l’existence de cette sale maladie. Sinon, j’avais toujours soutenu que c’était un moyen pour les autorités de renflouer les caisses avec l’argent des Blancs», avoue l’homme qui ne badine plus avec les mesures barrières. Dia Fané, soudeur, explique que le port du masque gêne sa respiration, mais qu’il sera obligé de le porter. Il exigera même à tous les employés de son père d’en faire pareillement. Surtout, dit-il, avec l’apparition d’un cas de coronavirus dans la ville. Cependant, dans ce grand atelier mouvementé, il n’est pas rare de voir, aux heures de repas, les travailleurs agglutinés autour du plat sans règles de distanciation.
Mamadou Sow, président du syndicat des transporteurs, veut bien respecter les mesures. Mais, il s’est dit ruiné par l’achat de savon liquide dont l’utilisation du flacon ne dépasse pas souvent deux jours par les passagers. L’homme a donné l’assurance qu’il fera tout pour que le kit de lavage des mains qui leur a été offert par la Croix-Rouge malienne ne s’arrête de fonctionner. Tandis que d’autres syndicats de transport se plaignaient des difficultés de ravitaillement en eau des kits au niveau du Razel.

BRISER LA CHAÎNE DE CONTAMINATION- Les autorités sanitaires du Cercle de Diéma sont à pied d’œuvre pour briser la chaîne de contamination du virus en renforçant les dispositifs existants. Pour la circonstance, une tente d’isolement a été installée dans l’enceinte du Centre de santé de référence, qui a reçu de la part de l’État un lot important de médicaments pour la prise en charge de cas. À ce jour, à en croire le Dr Aboubacar Fofana, médecin audit centre de santé, 17 personnes contact font l’objet de suivi quotidien. La seule difficulté majeure rencontrée par le personnel soignant, porte sur le retard accusé dans la transmission des résultats des analyses envoyées à Bamako. Une personne suspecte peut faire souvent une semaine, voire plus, sans être fixée sur son sort.
Dr Aboubacar Fofana apprécie à sa juste valeur les efforts de l’État et ses partenaires pour préserver le bien-être des populations durant cette crise sanitaire. En effet, plusieurs ONG et Associations interviennent dans la prévention et la lutte contre le coronavirus dans le Cercle de Diéma, à travers la formation des acteurs, la sensibilisation des populations sur les mesures barrières, la dotation en kits de lavage des mains et plusieurs autres matériels. Selon Mamadou Diakité, gestionnaire de la mutuelle de santé du Cercle de Diéma, l’Union technique des mutuelles de santé de la Région de Kayes, avec le soutien financier de l’Agence espagnole pour la coopération internationale au développement (AECID), a doté certaines structures de santé et couches socioprofessionnelles, en kits de lavage des mains, gel hydroalcoolique, en savon liquide, en masques, etc. La mutuelle assure actuellement la diffusion de spots au niveau des radios de proximité. Elle a octroyé au Comité des femmes utilisatrices des services de santé (CFU), dirigé par Diop Daha Coulibaly, deux machines à coudre pour la confection de masques au profit des populations.

Pour vaincre cette pandémie, Dr Aboubacar Fofana insiste sur le respect par les populations des instructions édictées par les autorités sanitaires. Il est aussi important, selon lui, de faire recours au centre de santé dès l’apparition des premiers symptômes de la maladie pour une prise en charge rapide et efficace des cas. Les autorités communales ont vite compris l’enjeu. Ainsi, selon Abdoulaye Touré, 1er adjoint au maire de la Commune rurale de Diéma, chargé des questions de santé, la mairie a installé au marché des kits de lavage des mains et distribué une importante quantité de masques. Le conseil communal compte convier dans les jours à venir les différents chefs de village pour échanger afin de mieux renforcer les mesures de prévention et de lutte contre le coronavirus.
Le président du conseil de Cercle, Makan Koma, ne badine pas avec les mesures barrières. Portant toujours un masqué, l’élu invite tous les acteurs à se serrer les coudes pour booter le coronavirus hors du Cercle de Diéma.

Le Conseil a déjà doté toutes les mairies, les structures de santé, ainsi que certains services techniques, avec l’appui du Réseau Essonne Mali (RESEM), en kits de lavage des mains, gel hydroalcoolique et savon liquide. Tout comme dans cette structure, le lavage des mains et le port du masque sont exigés à tous les usagers qui entrent dans la cour du Centre d’animation pédagogique. Idem à la Préfecture de Diéma et au Palais de justice dont le dispositif de lavage des mains ne connaît pas de disfonctionnement. Par ailleurs, les clients de la BDM.sa et ceux d’autres institutions financières sont contraints d’observer les mesures barrières.

Si les mesures de sensibilisation ne sont pas renforcées dans le Cercle de Diéma, tous les efforts consentis, risqueront d’être anéantis, et la maladie gagnera du terrain. Pour réussir le combat, il faut impérativement mettre à la disposition des agents de santé, des moyens matériels et humains afin de leur permettre de procéder à des tests ambulatoires dans les endroits de regroupement (marchés, compagnies de transport…), puisque la crainte de se faire consulter au centre de santé hante beaucoup de personnes actuellement. Il faut mettre en branle les radios de proximité, les crieurs publics et autres canaux de communication pour l’application totale et sans retenue des mesures barrières, conditions sine qua non, disent les professionnels de la santé, pour se préserver et préserver les autres contre le coronavirus.



Ouka BA
Amap-Diéma


L’ANECDOTE D’UN CHAUFFEUR DE MINIBUS

Un jour de foire dans un village de la contrée, explique le chauffeur de minibus Alpha Kanté, une femme s’est mise à tousser devant l’étal d’une vendeuse de condiments.
Cette dernière a pris la fuite, croyant que la dame avait le coronavirus. Alors vendeurs, acheteurs et autres occupants des lieux ont tous pris la poudre d’escampette.
C’était la débandade totale. «Quel tohu-bohu ce jour-là !», lance l’homme en se tordant de rire.


UN SOUS-PRÉFET EXEMPLAIRE
Youssouf Ouattara est le sous-préfet de Dioumara-koussa. Avant d’observer la grève des administrateurs civils en novembre dernier, il a instruit le maire et son équipe de veiller sur la pratique des mesures barrières par les populations.
La sensibilisation, insiste-t-il, doit être renforcée surtout pendant les jours de foire.
Chaque jour, l’infatigable sous-préfet parcourt à pied le long de la voie goudronnée où se trouvent entremêlées des boutiques et gargotes, afin de constater si le port du masque est respecté par les gens.


O. B.

autho

L'ESSOR

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