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Le Conseil national du patronat du Mali (CNPM), embourbé dans un bicéphalisme depuis des élections controversées, traverse sans doute
la plus grave crise de son histoire. Et une transition à durée incertaine semble se dessiner pour diriger les affaires courantes et préparer
(probablement) une nouvelle élection. À condition que le verdict final du procès en justice opposant le président sortant
Mamadou Sinsy Coulibaly à son «challenger» Diadié dit Amadou Sankaré, soit rendu dans les meilleurs délais

En effet, l’affaire opposant la liste du président sortant du Conseil national du patronat (CNPM), Mamadou Sinsy Coulibaly (réélu le 8 octobre dernier par ses partisans), et celle de Diadié dit Amadou Sankaré, proclamé président à l’issue d’une élection tenue le 26 septembre dernier, semble loin de connaître son épilogue. Sur la base d’une grosse de justice, le Tribunal de grande instance de la Commune IV du District de Bamako était revenu en détail sur les motifs de l’annulation de l’ordonnance «gracieuse» accordée à Diadié dit Amadou Sankaré le 9 octobre dernier.

À travers ce document de cinq pages signé le 27 novembre 2020, le président dudit Tribunal, Kassoum Koné a annulé dans tous ses effets l’ordonnance «gracieuse» qui autorisait Diadié dit Amadou Sankaré à occuper le siège du Patronat. Cette décision peine à être appliquée à la date d’aujourd’hui. Diadié dit Amadou Sankaré occupe toujours les bureaux et agit au nom du patronat. Le camp de Sinsy disait que son leader préférait attendre le verdict final pour réoccuper le siège. Le juge de fond devrait statuer à la fin du mois de décembre 2020 ou début 2021 sur les assemblées générales. À l’issue de cette audience, une décision finale devrait être prise par le tribunal pour faire valider l’une des assemblées.

En attendant, l’impatience commence à gagner les deux camps. Le scepticisme, incompatible avec les affaires, s’est installé peu à peu. L’horizon semble s’assombrir davantage. «À cause de cette situation, l’ensemble des comptes bancaires du Patronat sont bloqués. Le Programme de vérification des importations (PVI) a été suspendu jusqu’à nouvel ordre. Aucun des deux bureaux n’est aujourd’hui reconnu par l’État», déplore Sidi Danioko, intervenant lors d’une conférence de presse tenue en fin de semaine dernière.

«Le Programme de vérification des importations qui était attribué au CNPM a été suspendu en attendant que les choses soient plus claires», confirme une source contactée au ministère de l’Économie et des Finances. Certains déplorent «une perte de crédibilité, d’influence du CNPM, voire l’absence d’un débat économique» qui risque de mettre le secteur privé en dehors des concertations et de tout ce qui concerne le développement du pays.
Pour faire face à cette situation, 26 organisations sur les 39 membres du conseil national du patronat ont proposé la mise en place d’un comité de crise qui fera office d’organe dirigeant pour une période transitoire. Les groupements professionnels et conseils patronaux des régions l’ont fait savoir à travers un mémorandum publié le 13 janvier dernier.

Cette proposition des Groupements professionnels et conseils patronaux des régions peut-elle prospérer pendant qu’une action judiciaire est en cours ? «La souveraineté au CNPM appartient à ses membres que sont les groupements professionnels et les Conseils patronaux des régions.
Le mémorandum a été signé par les groupements les plus représentatifs sur le plan économique. Le président du Comité a été désigné, il s’agit de Soya Golfa. Les autres membres seront désignés dans un délai de deux semaines, après consultation avec tous les groupements. Le but est d’en faire un organe inclusif», répond le président du Groupement patronal des agences de communication (GPAC), proche de Mamadou Sinsy Coulibaly. Sidi Danioko précise qu’ils ont également demandé la tenue «de nouvelles élections lors de notre dernière rencontre».

Abondant dans le même sens, des sources imprégnées des textes de cette organisation confirment : «Cette proposition n’est pas du tout contraire aux textes du CNPM. Elle ne viole aucunement les textes en vigueur au CNPM». Toutefois, il appartient aux camps en conflit d’accepter ou de réfuter la proposition, ajoutent-elles, sans autre commentaire.
Sur la question, les avis des juristes sont partagés. Certains estiment que la proposition peut prospérer, d’autres soutiennent le contraire. Aucun d’eux n’a cependant voulu développer son argumentaire à cause, disent-ils, de leur statut et du droit de réserve.
Nos tentatives auprès du camp de Diadié dit Amadou Sankaré sont restées sans suite. Comme solution de sortie de crise, ce dernier aurait proposé la présidence d’honneur à Mamadou Sinsy, selon des informations publiées hier dans la presse.

Babba B. COULIBALY

autho

Babba B. Coulibaly

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