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Le patron des forces spéciales antiterroristes s’est révélé aux Maliens et au monde entier, le 18 août 2020. Moins d’un an plus tard, il s’impose à la tête de l’Etat. Va-t-il suivre les traces des Jerry Rawlings, Thomas Sankara ou encore Paul Kagamé, qui ont réussi à mettre leurs pays sur le chemin du développement, et inscrit ainsi leurs noms parmi les grands hommes de l’Histoire ? Le temps nous édifiera

La Cour constitutionnelle a désigné, vendredi, président de la Transition celui que personne ou presque ne connaissait jusqu’à ce qu’il apparaisse, silencieux, parmi d’autres officiers supérieurs assis à une table devant les caméras pour annoncer le renversement de l’ancien président Ibrahim Boubacar Keïta, le 18 août 2020. Le lendemain, le colonel Assimi Goïta se présenta sommairement à la presse comme le président du Conseil national pour le salut du peuple (CNSP), mis en place par le groupe. Un Conseil qui a été officiellement dissout, après que son numéro un soit devenu vice-président, chargé des questions de défense et de sécurité.

Ces 9 derniers mois, il semblait sans emprise apparente sur l’appareil d’État. Mais par les événements du 24 mai dernier, le colonel Assimi Goïta a fait la preuve qu’il tient la réalité du pouvoir. Il a poussé vers la sortie le président Bah N’Daw et le Premier ministre Moctar Ouane en les mettant « hors de leurs prérogatives ». Les raisons invoquées ont fini de convaincre que la Transition ne sera pas sans lui et ses compagnons d’armes, parmi lesquels les colonels Sadio Camara et Modibo Koné qui occupaient des postes clés dans le gouvernement.

Le groupe d’officiers supérieurs avait décidé de mettre fin au régime de Ibrahim Boubacar Keïta, alors affaibli par des mois de confrontation avec le Mouvement du 5 juin - Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP). L’espoir suscité par les slogans qui avaient conduit IBK à la victoire électorale en 2013 s’était depuis longtemps évanoui dans les sables mouvants des affaires de corruption.

Et un arrêt controversé, rendu par la Cour constitutionnelle sur les élections législatives de 2020, a servi d’étincelle pour enflammer la colère populaire dans les rues de la capitale.

Intervenus pour mettre un terme à « l’anarchie » et à « l’insécurité », le colonel Assimi Goïta et ses camarades seront acclamés par les manifestants de la place de l’Indépendance.

Au rythme de rencontres, ils se forgeront une réputation d’hommes sérieux et à l’écoute. La stratégie des militaires, soutenue par une franche importante de la population, était de confier la présidence de la Transition au colonel Assimi Goïta. Dans la foulée, un acte fondamental fait de lui le chef de l’État. Mais la Cedeao finira par réussir à imposer le choix des civils pour diriger la Transition, censée rétablir l’ordre constitutionnel. Un poste de vice-président est alors taillé sur mesure pour le colonel Assimi Goïta qui renonce à la possibilité de devenir président.

Ainsi, le 25 septembre 2020, l’ancien commandant du Bataillon des forces spéciales antiterroristes a prêté serment au même moment que Bah N’Daw, désigné président de la Transition par un collège. Le colonel Assimi Goïta s’installera à Koulouba, comme pour avoir un œil sur les faits et gestes du chef de l’État. Les audiences accordées par ce dernier se déroulaient en sa présence. Il prenait également part aux conseils des ministres.

Cette cohabitation a fait long feu. En conformité avec ses prérogatives, les sorties de Assimi Goïta se résumeront aux missions sur le terrain pour encourager les troupes ou encore aux cérémonies de remise de matériels à l’armée. Aussi, il était un interlocuteur incontournable pour les partenaires étrangers engagés dans la lutte antiterroriste.

Réputé calme, austère et discret, le voilà à 38 ans en pleine lumière. À travers la décision de la Cour constitutionnelle, le colonel Assimi Goïta a achevé sa mue sans quasiment jamais se départir de son uniforme et de son béret vert. Et sans fondamentalement changer de discours. Comme en août 2020, l’officier supérieur au verbe rare a dit, lors de différentes rencontres avec les forces vives, placer l’intérêt de la nation au-dessus de tout.

Mais, il lui faut bien plus pour convaincre les dirigeants ouest-africains qui ont opté pour la ligne dure, suivie par l’Union africaine, la Mission des Nations unies au Mali (Minusma), la France, l’Union européenne et les États-Unis. Le numéro un de l’ex-CNSP s’y attendait sans doute, mais il sait aussi que les mêmes acteurs internationaux ont laissé une junte militaire s’installer récemment au pouvoir au Tchad.

Après avoir fait ses preuves sur le terrain militaire, le colonel Assimi Goïta devrait désormais faire ses gammes sur l’échiquier politique. Son parcours militaire l’y aidera peut-être. Il commandait jusqu’en août 2020, le Bataillon autonome des forces spéciales et des Centres d’aguerrissement. Donc, un officier de terrain dont les qualités sont vantées par ses frères d’armes. Fils d’un officier de l’armée de terre, il s’intéresse dès sa tendre enfance au métier des armes et intègre alors le Prytanée militaire de Kati (1992-1998).

Il poursuivra sa formation à l’École militaire interarmes de Koulikoro (EMIA), qui forme la crème de l’armée malienne. Le jeune Goïta optera pour la spécialité «Armes blindées et cavalerie» et est affecté, dès sa sortie de l’EMIA, au 134è Escadron de reconnaissance de Gao en 2002, où il servira pendant trois ans. Tout au long de sa carrière, il a quasiment sillonné toutes les régions du Nord de notre pays : Gao, Kidal, Ménaka, Tessalit et Tombouctou.

Issa Dembélé

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Issa Dembelé

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