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La situation s’explique en grande partie par le fait que la demande est plus forte que l’offre

Le Mali est en chantier. Des maisons d’un autre standing y poussent, un peu partout. Des travaux d’infrastructures de développement sont en cours. Le Grand marché de Bamako, également en chantier, continue sa mue. Ce, malgré les multiples crises auxquelles le pays est confronté. Le fer et le ciment sont des éléments indispensables à la réalisation de ces ouvrages qui symbolisent le dynamisme de notre économie. Mais, depuis un certain temps, les prix de ces deux matériaux connaissent une hausse sur le marché.

Le prix de la tonne du ciment, importé ou local, tournait autour de 90.000 Fcfa dans notre pays. Il a franchi la barre des 100.000 Fcfa pour s’établir à 115.000 Fcfa depuis quelques mois. Il peine à descendre au dessous de 110.000 Fcfa, prix actuel de la tonne du produit dans les différentes quincailleries de Bamako, où le sac (50 kg) est cédé à 5.500 Fcfa. Un risque de l’augmentation du prix du ciment est envisageable dans les jours à venir, spécule Balla, propriétaire de quincaillerie à Kalaban, sans pouvoir dire les raisons.

Rencontré à son magasin à Para Djicoroni, un autre revendeur de ciment, Ousmane Tangara, nuance : «Le prix du ciment avait commencé à baisser. C’est la semaine dernière que nous avons remarqué cette hausse auprès des fournisseurs qui l’ont imputé à la grève de l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM). Cette cessation du travail a provoqué une rupture. Cette pénurie a fait grimper le prix». Le commerçant dit s’attendre à un fléchissement vers le bas dans les jours à venir.

DEUX TYPES DE FER -Tout comme le ciment, le prix de la barre du fer à béton a aussi grimpé. Sur le marché local, on retrouve deux types de fer : importé communément appelé fer blanc et le fer made in Mali avec des calibrages variables. Actuellement, le prix du fer 12 plein qui était vendu à 5.000 Fcfa, varie entre 5.750 et 5.800 Fcfa, selon les quincailleries. La barre du fer 12 simple, utilisé couramment dans la construction des maisons à usage d’habitation, est cédée entre 3.250 à 3.300 Fcfa. La barre de fer 10, elle, est vendue entre 2.250 à 2.300 Fcfa. Le fer 8 se vend entre 1.250 à 1.300 Fcfa, contre 750 à 850 Fcfa pour le fer 6.

Cette fluctuation constatée sur le prix du fer remonte à quatre mois, selon Mohamed Koné, gérant d’une quincaillerie. «Je travaille dans le domaine depuis dix ans. C’est la première fois que je vois le prix de la barre du fer à béton atteindre ce niveau », reconnaît-il. Pour lui, cette hausse est due à la pandémie de Covid-19. Car, argumente-t-il, les importations sont limitées. Le stock national est insuffisant par rapport à la demande. « Chaque fois que les clients se bousculent pour avoir un produit, le prix augmente », explique le commerçant.

Mais « les gens pensent que c’est le Mali seul qui est confronté à cette situation. Le problème est général», informe Modibo Diakité, revendeur de ciment et de fer à Ouolofobougou. Donc, conformément à la loi du marché, les prix augmentent quand la demande est plus forte que l’offre de produit, ajoute-t-il.

Contacté à ce sujet, un responsable d’une industrie locale de fabrique de fer explique cette hausse par deux facteurs : la hausse du cours mondial du fer et l’exportation de la ferraille. « Nous faisons face à cette situation depuis le mois de févier. En tant que producteur, nous ne sommes pas du tout content de cette situation. Nous sommes obligés de suivre le cours mondial », murmure-t-il.

Selon lui, la ferraille fait partie de leur matière première. Son prix a grimpé à cause de sa rareté sur le marché. Car, à le croire, malgré deux arrêtés interministériels (2018 et 2019) du ministère du Commerce suspendant toute exportation de la ferraille et des sous-produits ferreux au Mali, le produit est toujours exporté. « Du coup, on le retrouve cher.

En ce moment, le prix du fer 12 plein qui était vendu à 5.000 Fcfa, varie entre 5.750 et 5.800 Fcfa

C’est normal quand nos matières premières sont chères qu’on augmente le prix du produit fini. L’état doit s’investir pour mettre un frein à l’exportation de la ferraille pour le bien de tous. à terme, si l’on n’a pas de matières premières, l’usine risque de tourner au ralenti avec comme conséquence possible le licenciement des travailleurs», prévient le responsable.

Comme eux, les propriétaires de chantiers sont inquiets. Certains ont déjà arrêté leurs travaux en attendant la réduction du coût des deux produits. C’est le cas d’une enseignante rencontrée dans une boutique à Kalaban Coura ACI. « Je comptais reprendre les travaux sur mon chantier ce mois-ci.

C’est avec une grande surprise que j’ai constaté la hausse du prix de la barre du fer à béton de 300 Fcfa pour certaines et 400 Fcfa pour d’autres. Vu que mes moyens sont limités, j’ai décidé de surseoir à l’achat du produit en attendant la chute du prix. Je viens de faire un dépôt de 500.000 Fcfa auprès du boutiquier. Lorsque les prix commencent à baisser, il me tiendra informer », explique Aïssata Compaoré.

Contrairement à cette institutrice, Bouba Maïga pense qu’il n’a pas le choix. « On économise de l’argent pour un but précis. Si le prix augmente, on n’a pas d’autres possibilités que d’acheter pour éviter de dilapider nos économies », soutient-il. L’air frustré, il venait d’acheter cinq tonnes de ciment et plusieurs barres de fer.

Le niveau des ventes de certains propriétaires de quincaillerie est également impacté par la hausse du prix de ces deux matériaux. « Les clients achètent, mais l’affluence est faible en ce moment. Certains viennent demander le prix. Réalisant qu’il a grimpé, ils rebroussent chemin », déplore le commerçant Seydou Sinayoko.

Aminata Dindi SISSOKO

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Aminata Dindi Sissoko

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