single

Les groupes armés (donzos et djihadistes) qui font régner l’insécurité dans la circonscription administrative sont parvenus à une entente, le 16 avril dernier, grâce aux efforts remarquables du Haut conseil islamique du Mali

Farabougou assiégé, Farabougou martyrisé, Farabougou affamé. Depuis septembre 2020, ce village de la Commune rurale de Dogofri (Cercle de Niono) est devenu tristement célèbre à cause des agissements malsains des groupes armés que d’aucuns appellent les djihadisites. Pour d’autres, il s’agit d’un conflit sempiternel entre sédentaires et nomades autour des terres. En tout cas, l’incursion d’individus armés dans ce village peuplé de 4000 âmes empêchant la population de mener ses activités et procédant à des exactions a choqué tous les Maliens.

Les autorités ont tenté de prendre le taureau par les cornes en envoyant un détachement des Forces armées maliennes (FAMa) sur place, le 15 octobre 2020, pour sécuriser la population. L’opération appelée “Farabougoukalafia”, était conduite en personne par le colonel Assimi Goïta, vice-président de la Transition. Auparavant, l’armée avait largué des vivres et des médicaments pour secourir rapidement les habitants qui étaient réellement dans le besoin. Les forces étrangères (Barkhane et Minusma) sont aussi intervenues à Farabougou mais uniquement à titre humanitaire (largage de vivres et de médicaments à la population).

Il faut reconnaître que la présence des FAMa à Farabougou aussi salutaire qu’elle soit n’a pas permis de contenir les assauts incessants des groupes armés. Ayant quitté le village, ces derniers se sont repliés sur les principaux axes d’accès empêchant les villageois d’aller aux champs où dans d’autres villages, comme Dogofri, chef-lieu de la Commune. Un habitant que nous avions contacté témoignait : «L’axe Dogofry-Farabougou est sous le contrôle des terroristes. Tant que cette voie n’est pas libérée, la population de Farabougou va continuer à souffrir. Il n’y a pas de marché à Farabougou. Les habitants font tous leurs échanges commerciaux au marché de Dogofry... C’est vrai que l’armée a emmené des vivres et des médicaments, mais ce n’est pas suffisant. Il faut que la route Dogofry-Farabougou soit accessible».

SIX CIVILS TUÉS- Le blocus des terroristes était devenue une préoccupation aussi bien nationale qu’internationale. Le secrétaire général des Nations unies, dans son rapport sur le Mali en septembre 2020, mentionnait ceci : «La situation dans le Centre du Mali reste très préoccupante. Une série de violences graves a été enregistrée dans la région de Ségou où, depuis début octobre, le village de Farabougou et des villages voisins de la Commune de Dogofri, dans le Cercle de Niono, ont été la cible d’attaques et de blocus de la part de ce que l’on présume être des combattants extrémistes.

Le siège et le blocus des villages ont causé la mort d’au moins six civils et fait des dizaines de blessés, et se sont traduits par l’enlèvement d’au moins 20 civils, le déplacement de plus de 2.000 familles des villages des communes de Dogofri, de Mariko, de Siribala et de Sokolo et des vols de bétail. On estime que près de 4000 personnes sont actuellement bloquées dans le village de Farabougou, privées d’accès aux biens de première nécessité et aux soins de santé et constamment menacées de violences.

Plusieurs initiatives de médiation et d’aide humanitaire ont été mises en place autour de Farabougou, avec des objectifs distincts, notamment l’accès humanitaire, l’atténuation et la désescalade des conflits et la réconciliation. La force de la Minusma a effectué 25 sorties d’hélicoptères militaires dans les zones touchées afin de transporter 64 soldats des Forces armées maliennes et de livrer plus de 30 tonnes de vivres et autres fournitures».

Le chef de la mission du HCIM, Moussa Boubacar Bah, lors de la signature de l’Accord de paix

C’est dans ce contexte délétère que le Haut conseil islamique du Mali (HCIM) que dirige le célèbre prêcheur Chérif Ousmane Madani Haïdara a offert sa médiation. Une commission de bons offices et de médiation conduite par Moussa Boubacar Bah, membre du HCIM, président de Sabati 2012 et ancien ministre, est parvenue à arracher un accord de cessez-le-feu partiel entre les sédentaires et nomades, le 14 mars 2021 à Farabougou. Pour que cet accord se concrétise sur le terrain, les groupes terroristes avaient posé plusieurs conditions parmi lesquelles le départ des FAMa de Farabougou.

Cette condition est jugée inacceptable du côté des autorités. Le ministre de la Réconciliation nationale, le colonel-major Ismaël Wagué, s’est rendu le 12 avril dernier à Farabougou, certainement pour marquer avec détermination la présence de la force publique dans la localité. Un communiqué du département précise que cette visite «fut l’occasion pour le ministre de la Réconciliation nationale de transmettre le message de soutien et d’encouragement du gouvernement».

«Il s’est dit satisfait de retrouver les populations de Farabougou requinquées, malgré les évènements douloureux qui ont émaillé le secteur. Ensuite, s’en est suivi une visite de courtoisie au domicile du chef de village. La visite du détachement militaire campé à Farabougou, a marqué la fin de la première étape de cette tournée», conclut le communiqué. Nous pouvons bien imaginer que le déplacement du ministre officier supérieur de l’Armée était un signal fort pour que les FAMa continuent à sécuriser les habitants de Farabougou et leurs biens.

TOUT SAUF LE DÉPART DES FAMa- Cette visite du ministre Wagué aura été un pas décisif vers la paix à Farabougou. Puisque quatre jours après, les belligérants sont parvenus à un accord de cessez-le-feu définitif qui satisfait toutes les parties. En effet, dans un communiqué, la commission de bons offices et de médiation du HCIM révèle que l’accord de cessez-le-feu signé entre les «Donzos et les djihadistes dans le Cercle de Niono est devenu un accord de cessez-le-feu définitif entre ces deux groupes. Cet accord définitif a été conclu ce vendredi 16 avril dans la forêt de Hadji-wêrè, dans le Cercle de Niono. Il inclut toutes les clauses de l’Accord du 14 mars dernier, sauf le départ des FAMa de Farabougou. De ce fait, le départ de l’Armée n’est plus une condition pour la paix et la réconciliation dans le Cercle de Niono».

La Commission, poursuit, le communiqué, profite de cette heureuse occasion pour remercier le président du HCIM et le ministre de la Réconciliation nationale pour « leur implication personnelle et leur sens élevé pour la paix et la réconciliation, les groupes Donzos et djihadistes pour leurs engagements et leurs disponibilités à inscrire désormais leurs actions dans l’intérêt des populations du Cercle de Niono ainsi que toutes les bonnes volontés qui ont accompagné les médiateurs du HCIM durant tout le processus de la médiation».
Espérons que cet accord de cessez-le-feu soit vraiment le dernier, afin que la population de Farabougou et plus généralement du Cercle de Niono retrouve la quiétude et la sérénité.

Madiba KEITA

autho

Madiba Keïta

ARTICLES CONNEXES

VOIR TOUT

TWITTER